Isabelle Sicard, 58 ans
Dès l’âge de 9 ans, la maladie a fait partie de mon quotidien. Migraines sévères accompagnées de symptômes neurologiques. Difficilement médicamentée car je faisais trop d’effets secondaires, mes migraines ont toujours été très présentes et jamais contrôlées.
Ça m’a amené à faire un choix : celui de me faire une belle vie malgré ça. Alors à moins de devoir être hospitalisée, je contrôlais les douleurs par la médication et j’allais au travail, recevais des amis, je m’occupais de ceux qui avaient besoin d’aide et menais une vie sociale très active. Ma profession d’hygiéniste dentaire amenait aussi son lot de douleurs récurrentes qui s’ajoutaient aux défis.
Malgré toute ma volonté, ma santé déclinait. Mon quotidien était maintenant teinté par la présence de douleurs constantes, la fatigue était de plus en plus envahissante et j’avais des pertes cognitives évidentes. Je ne saurais dire à quel moment la fibromyalgie a débutée. Elle a été diagnostiquée en 2019, durant ma première grosse crise qui a duré 1 ½ an. Du jour au lendemain je n’ai plus été capable de pratiquer mon métier et en fait, pendant plus de 6 mois, je n’étais « plus bonne à rien ». Je peinais à faire une brassée de lavage par jour, je n’endurais pas mes vêtements et ma position la plus confortable était debout à rien faire!
J’avais déjà affronté de gros deuils dans ma vie, dont la perte de mon fils âgé d’un peu plus de 2 ½ ans… Et là, j’ai dû en affronter plus d’un. Je trouve que la fibromyalgie c’est se cogner le nez sans arrêt sur de nouvelles limites.
Pour moi, le plus difficile a été de réapprendre complètement ma gestion des douleurs. Plus question de se bourrer d’anti-douleurs et de continuer coûte que coûte. Au contraire, il m’a fallu apprendre à respecter mon corps et ses limites. Apprendre à enfin lâcher prise et réorganiser mes journées un moment à la fois. Bon, je n’y arrive pas toujours, mais j’apprends.
Je considère aujourd’hui que mes migraines, ma malédiction éternelle, m’ont permis toute jeune d’apprendre à apprécier. Apprécier la douce chaleur du soleil et de la brise, apprécier le bonheur d’un échange amical. J’ai une belle vie et je suis chanceuse. Les petits bonheurs sont autant de cadeaux dont il faut profiter. Il m’arrive d’avoir des moments où « ça passe pu » … C’est correct.
Je me permets de vivre ces moments-là. Puis… ça passe! Et je peux à nouveau me dire : « Maudit que je suis chanceuse, je suis entourée par plein de beau monde et j’ai une belle vie ».